|
|
Тем временем:
... Mais Fabien, ayant atterri, sut qu'il n'avait rien vu, sinon le mouvement lent de quelques hommes parmi leurs pierres. Ce village dйfendait, par sa seule immobilitй, le secret de ses passions, ce village refusait sa douceur: il eыt fallu renoncer а l'action pour la conquйrir. Quand les dix minutes d'escale furent йcoulйes, Fabien dut repartir. Il se retourna vers San Julian: ce n'йtait plus qu'une poignйe de lumiиres, puis d'йtoiles, puis se dissipa la poussiиre qui, pour la derniиre fois, le tenta. "Je ne vois plus les cadrans: j'allume." II toucha les contacts, mais les lampes rouges de la carlingue versиrent vers les aiguilles une lumiиre encore si diluйe dans cette lumiиre bleue qu'elle ne les colorait pas. Il passa les doigts devant une ampoule: ses doigts se teintиrent а peine. "Trop tфt." Pourtant la nuit montait, pareille а une fumйe sombre, et dйjа comblait les vallйes. On ne distinguait plus celles-ci des plaines. Dйjа pourtant s'йclairaient les villages, et leurs constellations se rйpondaient. Et lui aussi, du doigt, faisait cligner ses feux de position, rйpondait aux villages. La terre йtait tendue d'appels lumineux, chaque maison allumant son йtoile, face а l'immense nuit, ainsi qu'on tourne un phare vers la mer. Tout ce qui couvrait une vie humaine dйjа scintillait. Fabien admirait que l'entrйe dans la nuit se fit cette fois, comme une entrйe en rade, lente et belle. Il enfouit sa tкte dans la carlingue. Le radium des aiguilles commenзait а luire. L'un aprиs l'autre le pilote vйrifia des chiffres et fut content. Il se dйcouvrait solidement assis dans ce ciel. Il effleura du doigt un longeron d'acier, et sentit dans le mйtal ruisseler la vie: le mйtal ne vibrait pas, mais vivait. Les cinq cents chevaux du moteur faisaient naоtre dans la matiиre un courant trиs doux, qui changeait sa glace en chair de velours...
Антуан де Сент-Экзюпери (Saint-Exupery)
«Vol de nuit»
|
|